Le spectacle

Le projet (synopsis)

Une ménagère du Plateau Mont-Royal gagne un million de timbres-primes et voit du coup sa vie complètement bouleversée.
Elle invite ses sœurs et ses voisines à une veillée de collage... MUSICALE! En 1968, une bombe éclate dans la petite salle du Théâtre d’Aujourd’hui, quinze femmes font la lecture publique d’un véritable brûlot ; Les Belles-Sœurs révolutionnent le paysage culturel du Québec. Plus de quarante ans plus tard, portée par le désir de deux créateurs, René Richard Cyr au livret et Daniel Bélanger à la composition musicale, avec l’appui indéfectible de l’auteur original, Michel Tremblay, la recréation des Belles-Sœurs reprend vie au même théâtre qui a vu naître ces femmes qui cette fois seront musicales et chantantes!


Mot des auteurs

Michel Tremblay

Il y a trois ou quatre ans, à l’agence Goodwin, où je vais dépouiller mon courrier chaque matin et empêcher les employées de travailler, je reçois un appel téléphonique de René Richard Cyr. Il me dit que Daniel Bélanger et lui sont à la recherche d’un sujet de comédie musicale depuis un bout de temps et que leur choix s’est arrêté sur mes Belles-Sœurs. Est-ce que j’accepterais de leur céder les droits ? Convaincu que ça ne marchera pas, – un projet avec Broadway avait échoué quelque vingt ans plus tôt – j’accepte et, je jure que c’est vrai, j’oublie aussitôt leur proposition.

Un an et demi plus tard, toujours à l’agence Goodwin, autre appel de René Richard. Il est au Théâtre d’Aujourd’hui en compagnie de Marie-Thérèse Fortin et de Daniel Bélanger et ils sont sur le point d’écouter une quinzaine de chansons terminées des Belles-Sœurs. Est-ce que ça m’intéresserait de venir les écouter avec eux ? Il ne m’en avait jamais reparlé ! Moins d’une demi-heure plus tard, je suis assis avec eux et, le cœur affolé, j’écoute l’introduction de  Gratis, la première chanson.

C’est une véritable révélation.

Et c’est le résultat de ces années de travail que vous allez voir et entendre aujourd’hui… Je vous souhaite d’être aussi étonnés et ravis que je l’ai moi-même été en cette matinée de 2008.

Merci, mon Ricky ! Merci, Daniel !

Michel Tremblay



Daniel Bélanger

Merci à Michel Tremblay, sans qui je n’aurais pu chanter tour à tour dans la peau de quinze femmes touchantes et inspirantes. Je ne me raserai jamais plus de la même façon. 
Merci à René Richard Cyr que j’ai aimé surprendre, émouvoir et faire rire tout autant lorsque j’étais à côté de mes souliers. 
Depuis notre rencontre, je ne les lace plus jamais comme avant. 
Merci à Marie-Thérèse Fortin pour sa belle idée et pour ses confitures. 
Merci à toutes et à tous du Théâtre d’Aujourd’hui. 
Merci à vous amies comédiennes, qui m’avez flatté par votre talent unique d’élever mes chansons à la hauteur de votre sensibilité. Vous ne le soupçonnez peut-être point, mais votre manière de travailler influencera à tout jamais la mienne. 
Merci à Monique Fauteux sans qui une soprano serait une mezzo-tizoiseau, une tenor serait une contre-altesse et ainsi de suite. 
Pour son organisation sans faille et sa chaleur, merci à 
Lou Arteau.
Merci à Stéphane Aubin pour son calme, son expérience, son 
talent et sa sensibilité et merci aux « Beaux-Frères » musiciens. 
À Jacques Vézina, au Centre culturel de Joliette, à Loto-Québec, merci infiniment. 

J’ai appris la musique par oreille et à vue de nez alors...
Pour ce piano dans le salon, pour cette guitare à la traîne 
et pour cette douce enfance faite de musique, à ma mère et 
à mon père merci. 

Daniel Bélanger



René Richard Cyr

C’est une histoire qui débute il y a longtemps, plus précisément le soir du dimanche 7 mars 1971, avec la présentation à Radio-Canada du téléthéâtre En pièces détachées de Michel Tremblay. La caméra du réalisateur Paul Blouin lèche un mur de briques, caresse des cordes à linge et finalement affronte une quinzaine de femmes installées à leur fenêtre qui, sous leurs bigoudis, à leur langage et leurs propos, ressemblent à s’y méprendre à ma mère, à mes tantes, à mes voisines; je les reconnais, même si quelquefois, étrangement, elles disent des phrases en chœur à l’unisson. Je suis cloué à mon fauteuil, sous le choc : le coin de terre où j’habite, ceux et celles avec qui j’y vis, mes mots et ma réalité s’élèvent et revêtent la noblesse d’une œuvre artistique. Je ferai du théâtre. 

Presque quarante ans plus tard, après avoir eu le bonheur de mettre en scène Bonjour, là, bonjour, En pièces détachées, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Le vrai monde et Bonbons assortis de Michel Tremblay, en plus du plaisir de jouer Hosanna, j’ai aujourd’hui le privilège de re-créer une œuvre mythique de laquelle j’ai toujours souhaité m’approcher.

Cette aventure est d’abord née d’un désir de rencontre entre Daniel Bélanger et moi qui, depuis 2005, cherchions un terrain de jeu commun. Puis au hasard d’une conversation avec Marie-Thérèse Fortin, qui souhaitait célébrer le quarantième anniversaire de la lecture des Belles-Sœurs au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dont elle est la directrice artistique, tous les chemins dans ma tête se sont rejoints. Le rendez-vous était pris.

En 1968, une bombe avait éclaté dans la petite salle du Théâtre d’Aujourd’hui, quinze femmes avaient pris la parole et révolutionné le paysage culturel et social du Québec. Cette parole revendicatrice, libératrice, criarde, émouvante et vivante se dit aujourd’hui avec la même rage, le même désespoir, la même joie, la même liberté, la même émotion. Mais le temps écoulé et la distance critique que l’interprétation musicale entraîne inévitablement permettent de voir le chemin parcouru et de nommer celui qu’il reste à faire, en revendiquant encore et toujours  une plus juste condition féminine, en dénonçant encore et toujours l’illusoire et vaine course au bonheur par la consommation effrénée.

Après deux ans d’écriture, de ratures, d’échanges, de doutes, de partage, de surprises, d’auditions, de réunions, de joies, de débordements, de dessins, de notes, de retours, d’impatience, je remercie Michel Tremblay pour sa fidèle confiance, Daniel Bélanger pour son immense talent, sa grande sensibilité et son amitié complice, Marie-Thérèse Fortin pour sa vivacité, sa force et son amour, ma Lou Arteau et tous les concepteurs pour leur indéfectible présence, Stéphane Aubin et Monique Fauteux pour leur cœur à l’ouvrage et leur gentillesse. Merci à la formidable, et inspirante, et grandiose équipe de comédiennes qui sont, je m’en targue à la moindre occasion, toutes des premiers choix. Merci aux équipes dévouées du Théâtre d’Aujourd’hui, du Centre culturel de Joliette et de Loto-Québec, des gros mercis également à Jacques Vézina, Gilles Dessureault et Pierre Pirozzi ainsi qu’à tous ceux et celles qui ont rendu possible la poursuite du désir d’un ti-cul de douze ans, étampé dans son fauteuil un soir de mars 1971.

Bon collage de timbres et bon décollage.

René Richard Cyr

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